Équation-Médiation | Théo revient après une semaine passée chez son père :
829
single,single-post,postid-829,single-format-standard,ajax_fade,page_not_loaded,,qode_grid_1300,footer_responsive_adv,hide_top_bar_on_mobile_header,qode-content-sidebar-responsive,qode-theme-ver-10.0,wpb-js-composer js-comp-ver-4.12,vc_responsive
 

Théo revient après une semaine passée chez son père :

Blog 2 raconter une histoire

Théo revient après une semaine passée chez son père :

Cet extrait du dernier ouvrage de Delphine de Vigan « Les Loyautés » édition JC Lattès  illustre avec justesse, selon nous, ce que peuvent vivre certains enfants reçus en médiation dans notre cabinet.
« Elle ne supporte pas ça, qu’il vienne d’en face. Théo l’a compris très vite, à cet air de défiance qu’elle arbore quand il rentre de chez son père et ce mouvement de rejet qu’elle peine à dissimuler. D’ailleurs, le plus souvent, avant même de lui dire bonjour, elle dit « va te doucher ».
Des jours passés chez son père, il ne sera pas question. C’est une faille spatiotemporelle d’une totale opacité, dont l’existence même sera niée. Elle ne demandera rien, il le sait. (…) Elle reprendra le cours des choses là où ils les ont laissées une semaine plus tôt, exactement comme si rien ne s’était passé, (…). Une semaine de sa vie rayée du calendrier… Il mettra au sale les vêtements qu’il porte sur lui, (…). Sous la douche, l’eau tiède effacera l’odeur qu’elle ne supporte pas. Dans les heures qui suivront elle traquera sans relâche, le geste, l’intonation, la posture de l’homme qu’elle ne nomme plus. (…)
Quand elle parle de son père, (…) elle ne prononce jamais son prénom.
Elle dit « l’autre », « l’enfoiré », « le minable ». (…) Théo encaisse (…) mais elle ne le voit pas. Les mots l’abiment, c’est un ultrason insupportable, un effet Larsen que, lui seul, semble entendre, une fréquence inaudible qui déchire son cerveau. (…)
Il (Théo) demande s’il peut regarder des vidéos (…). Non. Il n’a qu’à faire ses devoirs. (…) Pendant quelques heures, peut-être jusqu’au lendemain, elle va lui faire payer d’avoir foulé le sol ennemi, d’avoir échappé à ses règles, à son contrôle, de s’être bien amusé.
Parce qu’elle se doute bien qu’il en a largement profité, qu’il n’a rien foutu de la semaine, qu’il s’est abruti d’écrans, bourré de chips et de coca-cola, qu’il a trainé jusqu’à pas d’heure.
Voilà ce qu’elle imagine.
Peu importe ce qu’elle imagine.
De toute façon, il ne démentira pas. »

No Comments

Post A Comment